A la question « Vendanges manuelles ou à la machine ? », Resovino répond « Vendanges manuelles et à la machine ». Eléments de réponse dans cet article

Vendanges manuellesLes machines à vendanger, c’est la cata… Les vignerons n’arrivent plus à trouver de vendangeurs… Comme beaucoup d’idées reçues circulent à propos des vendanges manuelles ou à la machine, Resovino a décidé de prendre la plume le clavier pour rétablir quelques vérités et vous aider à y voir plus clair.Vendanges à la machine

Commençons par poser quelques bases comme :

  • L’obligation de vendanger à la main

Les seuls vignobles français à interdire par décret de l’INAO l’utilisation des machines à vendanger sont ceux spécialisés dans les effervescents (Champagne, Limoux…) et la macération carbonique (Beaujolais). Les vendanges manuelles sont également obligatoires pour les appellations pratiquant des tries précises (Sauternes, Jurançon…). Par ailleurs les fortes pentes (jusqu’à 60% !), comme sur les appellations Côte-Rôtie ou Hermitage dans les Côtes du Rhône septentrionales, ne permettent pas l’utilisation de la machine à vendanger.
  • La difficulté à trouver des vendangeurs

A défaut de trouver des statistiques fiables sur la pénurie de main d’oeuvre pour les vendanges, force est de constater la difficulté croissante des vignerons à trouver des vendangeurs, essentiellement pour des raisons de rémunération, de pénibilité, d’hébergement et de planning non maitrisé.+ d’infos sur Mais où sont passés les vendangeurs ? et Voici 9 raisons qui expliquent pourquoi il est de plus en plus difficile de recruter des vendangeurs
  • Les progrès des machines

Petit rappel, les machines à vendanger, munies de batteurs, font tomber les grains sur un tapis mobile; un ventilateur élimine la plus grande partie des feuilles. Depuis leur apparition dans les vignobles français dans les années 1970, la mauvaise réputation qualitative des vendangeuses mécaniques perdure. Pourtant l’Institut Français de la Vigne et du Vin constate que la vendange en machine donne quasiment d’aussi bons résultats que la vendange manuelle. En effet, les modèles récents, avec leurs options de réglages, permettent une grande adaptabilité.
  • La fragilité des cépages

Les cépages ne présentent pas tous les mêmes aptitudes à la récolte mécanique en raison de la fragilité des sarments et des grains ou des caractéristiques des grappes. Ainsi certains raisins, comme le pinot noir ou l’ugni blanc, sont trop fragiles pour un ramassage à la machine. En revanche, le cabernet sauvignon ou le riesling supportent bien la machine à vendanger.
  • 2 chiffres

En 2010, 60% des vendanges étaient faites à la machine en France et près de 90% dans le monde. Depuis la vendange mécanique a largement progressé. Le coût indicatif à l’hectare est estimé entre 800 et 1.000 € pour une vendange manuelle alors qu’il est compris entre 200 et 400 € pour une vendange mécanique.

Place à un tableau synthétique avec les + et les – de chaque solution

Vendanges manuelles

+
Tri des grappesCoût
Grappes entièresDifficultés de recrutement
Ambiance (pas toujours !)Contraintes juridiques (horaires, logement)
Meilleure imageAléas liés à l’humain

Vendanges mécaniques

+
Souplesse d’utilisation (24/24,7/7)Stress de la vigne (poids machine, remuage ceps)
Rendement (2 HA/Heure)Tri grossier (nids d’oiseaux…)
CoûtRisque d’oxydation pour les cépages blancs
Gros progrès des machinesNe convient pas partout (pentes, législation)

Et maintenant quelques conclusions… et 1 constat de bon sens

Pour répondre à la question « Vendanges manuelles ou à la machine ? » écartons tout d’abord le cas des vignerons obligés de récolter à la main. Comme évoqué précédemment, certaines régions imposent (pour combien de temps ?) la vendange manuelle comme la Champagne ou le Beaujolais. De même certains terroirs en forte pente (Côte-Rôtie, Hermitage) ne permettent pas (encore ?) l’utilisation de la machine à vendanger.Les autres vignerons étant libres de vendanger à la main ou a la machine, ils vont tenir compte des critères suivants (liste non exhaustive) pour prendre leur décision :
  • les cépages : vous vous souvenez qu’ils ne sont pas égaux face à la machine à vendanger et que certains comme le pinot noir préfèrent la main de l’homme ? Non ? Pas bien ! Relisez et recopiez 3 fois le paragraphe « La fragilité des cépages » ci-dessus.
  • le prix de vente des bouteilles : le coût de la vendange à l’hectare étant relativement fixe dans les 2 cas (vendanges manuelles et mécaniques), le surcoût lié aux vendangeurs est très compliqué à amortir pour des vins à petits prix, disons inférieurs à 10€ la bouteille.
  • les difficultés de recrutement, notamment dans certaines régions comme le Bordelais. C’est vrai que de nos jours les travaux physiques, qui plus est pratiqués en plein cagnard, n’attirent plus les foules. Maintenant cette situation de pénurie de vendangeurs n’affecte pas les vignerons de la même manière loin de là. En creusant le sujet, on s’aperçoit que les viticulteurs qui privilégient l’ambiance et chouchoutent leurs vendangeurs s’en sortent bien. Comme nos amis Nicolas et Vincent Laroche du Domaine de la Meulière à Chablis, défenseurs inconditionnels de la vendange manuelle.
  • les caprices de la météo : quand la météo t’annonce 5 jours de pluie à venir et que tes raisins sont à maturité, tu ne chipotes pas et tu prends l’option « machine à vendanger ». Sinon il y a risque de dilution des jus et d’apparition de maladies cryptogamiques.
Au fur et à mesure que nous avons écrit cet article, nous nous sommes rendu compte qu’à la question « Vendanges manuelles ou à la machine ? », la bonne réponse était « Vendanges manuelles et à la machine ». En effet, il n’y a pas de solution miracle et c’est très bien comme ça ! Le vigneron doit s’adapter en permanence en tenant compte des critères météo, géographiques, économiques, humains… Par exemple, il privilégiera les vendanges manuelles sur ses plus beaux terroirs de coteaux alors qu’il utilisera la machine à vendanger sur ses vignes de plaine. Pas simple le métier de vigneron… mais tellement exaltant !PS : Nous n’avons pas la prétention de tout régler dans cet article et nous comptons sur vous vignerons, amateurs éclairés ou non pour enrichir le débat en nous transmettant votre Commentaire ci-dessous. Voici d’ailleurs le témoignage de Guillaume Philip du Domaine des diables et Mip en Provence à propos du millésime 2018 :« UN MILLESIME STRESSANT… ET INTERESSANT ! Des décalages de maturités ont été constatés au sein d’un même cep et ont eu des conséquences jusqu’aux vendanges. Car après un été sans eau et très chaud, les vendanges ont été décalées d’une dizaine de jours en raison d’une hétérogénéité de la maturation des fruits. Ce qui nous a imposé un double, voire un triple passage dans certaines parcelles pour ramasser les grappes au fur et à mesure de leur arrivée à maturité. Nous avons donc renoué avec les vendanges manuelles et un tri « chirurgical » à la vigne nous a aussi permis d’éliminer les grains « botytrisés ». La récolte a duré un mois, contre quinze jours l’an dernier, et le résultat est exceptionnel. Nous avons pu vinifier des jus de grande qualité et envisageons désormais un double passage dans les vignes à la récolte pour les millésimes à venir. »

2 liens utiles pour creuser le sujet

Machines à vendanger Bonnes pratiques de récolteVidéo Monvino Show : les vendanges mécaniques ou manuelles ? 

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